Clothilde, saisonnière polyvalente

« Le travail saisonnier m’a permis d’exercer une activité professionnelle, même sans avoir de diplôme. Depuis de nombreuses années, je reprends le même poste. Mon emploi hivernal est reconduit chaque année, en revanche je n’ai aucune garantie de retrouver mon job estival d’une année sur l’autre, ce qui induit une certaine précarité. Certes, j’ai la liberté d’avoir plus de temps libre durant les intersaisons, d’éviter la lassitude dans mon travail puisque mon activité évolue, de rencontrer des nouvelles personnes. Cependant, je dois aussi me réadapter en permanence, former chaque année les nouveaux arrivants – qui n’ont pas tous le même degré d’implication et de sérieux -, et prendre en charge un certain nombre d’exigence et de responsabilités. Bref, ce n’est pas parce que c’est un emploi temporaire que c’est un métier facile.

En tant que saisonnière, je dépendante de mon employeur pour le logement. Pendant 15 ans, je devais déménager 4 fois par an avant de pouvoir obtenir un appartement à l’année. Et il y a toutes les autres problématiques qu’on connait à Val d’Isère : courses hors de prix en station, dépendance à la voiture, coût du stationnement en hiver…

Heureusement qu’il y a Vie Val d’Is et le CCAS. Ils mettent en place des actions pour nous aider, organisent des moments pour les saisonniers, ils créent du lien. Parce qu’il y a une vraie marge entre nous et les touristes. Ce n’est pas normal qu’on paie plein pot alors qu’on n’est pas du tout dans la même situation.

Et en plus de ces difficultés, on traîne une mauvaise image : celle du saisonnier qui profiterait du système, qui recevrait pleins d’aides et serait tout le temps en vacances. Ce cliché décrit une minorité de personnes, la réalité est bien plus complexe. Il y a un vrai canyon entre le travail qu’on réalise et la reconnaissance qu’on reçoit. La vérité, que beaucoup de saisonniers sont obligés de faire des extras pour finir le mois, et qu’en intersaison on est parfois contraint de vivre avec peu. Et si on veut reprendre une formation pour évoluer, bon courage pour faire cohabiter cela avec les impératifs du rythme de travail saisonnier ! »