Le doyen des Avalins

A 90 ans passé, René Moris est une figure de la commune. Moniteur de ski à moins de 20 ans, il a dirigé l’ESF de 1960 à 1980. Avalin pur souche, lui aussi a écrit la saga de Val d’Isère. Rencontre aux côtés de son épouse, ancienne championne de ski et parmi les premières femmes monitrices de ski en France.

 

Vous êtes le plus âgé des Avalins. Quand et où êtes-vous né ?

René Moris : Je suis né le 11 août 1927, dans la maison de mes grands-parents maternels au Joseray à Val d’Isère. A l’époque, comme beaucoup d’Avalins, mes parents travaillaient à Paris, où mon père était déménageur de piano. La famille ne revenait à Val d’Isère qu’à la belle saison où elle participait aux travaux de la ferme.

Paule Erny-Moris : Je suis née à Paris en 1932. Mais, en raison de la petite santé de ma sœur, décédée en juillet dernier, la famille est venue chercher le bon air de la montagne à Tignes. Mes parents ont voulu acheter, mais les Tignards n’ont jamais voulu leur vendre un terrain ! A Val, ils ont pu en acheter un juste avant la guerre. Après-guerre, ils ont ouvert un magasin de sports. C’est comme ça que nous nous sommes connus avec René.

 

Quand avez-vous chaussé les skis pour la première fois ?

René Moris : Au début des années 30, quand le ski de loisirs a commencé à se développer à Val d’Isère. J’ai tout de suite aimé ça ! Notre famille s’est réinstallée à Val d’Isère après-guerre et j’ai pu m’adonner à la glisse avec notamment, mon ami et voisin Henri Oreiller, futur champion olympique de descente et de combiné à Saint-Moritz en 1948.

 

Avez-vous fait de la compétition de ski alpin comme lui ou votre épouse, championne de France et 6e aux Mondiaux de 1954 ?

René Moris : J’en ai fait au niveau club, après, j’ai rapidement enseigné car j’avais passé mon examen de capacité à Chamonix, avant de faire mon service militaire.

Paule Erny-Moris : Il fait partie des 300 premiers moniteurs diplômés de l’École de Ski Français. Sa médaille porte à l’arrière le numéro 287 et la mienne le numéro 456. Entre temps, la technique a évolué comme le montre la position légèrement différente du skieur représenté !

 

Quand avez-vous pris la direction de l’école de ski de Val d’Isère ?

René Moris : J’ai succédé à Gaston Cathiard, fondateur entre autres du Syndicat des moniteurs du ski français, qui a dirigé l’école entre 1942 et 1960. J’avais été son adjoint les dernières années, car il avait beaucoup d’occupations par ailleurs. J’ai été directeur de l’école pendant 20 ans. A la fin, elle comptait déjà plus d’une centaine de moniteurs.

 

Étiez-vous pluriactif comme beaucoup de pulls rouges ?

Paule : Non, parce qu’en tant que directeur, il avait beaucoup de travail et de responsabilités. Et nous étions aussi bien occupés par la gestion de nos locations, ayant transformé la maison de mes beaux-parents en appartements. Et puis à Val d’Isère, nous avions du ski d’été sur le glacier du Pissaillas.

René Moris : Le ski d’été marchait bien à Val autrefois. Il n’y avait pas beaucoup de stations qui en proposaient, à part Tignes et Chamonix. Nous avions des clients qui en étaient friands. A l’époque, en tout début de saison d’été, il nous arrivait de descendre à ski jusqu’à Bonneval-sur-Arc !

 

Vous avez côtoyé tous les deux Jean-Claude Killy et les sœurs Goitschel ?

Paule : Oui et non, car ils sont d’une autre génération ! Mais, je suis la marraine du frère de Jean-Claude Killy, Mick !

René : J’étais directeur de l’ESF en 1968 quand ils sont revenus avec leur médaille d’or à Val d’Isère après les JO de Grenoble. Les pulls rouges leur ont réservé un accueil triomphal comme tout le village !

 

Vous avez vu Val d’Isère passer de petit village à grande station touristique internationale ?

Paule : Tout à fait ! Il n’y avait que des hameaux dispersés sur le plateau et petit à petit la station s’est construite et internationalisée. Aujourd’hui, quand nous nous promenons dans le village ou que nous regardons les avis de naissances, nous ne connaissons plus personne, même des habitants de la commune !

 

Aujourd’hui, est-ce qu’il vous arrive de chausser les skis ?

René Moris : Non, j’ai arrêté il y a peut-être huit ans, maintenant. J’ai mal à la hanche. Mais quand je vois toute cette belle neige cette année, et ces paysages magnifiques, ça donne envie !

Paule : Aujourd’hui, ses principales occupations consistent à aller au courrier et au pain. Les lundis et mardis, je l’emmène au marché avec moi, comme ça il me porte mes sacs ! Cela l’oblige à marcher, c’est bon pour sa santé. L’avantage, à Val d’Isère, c’est que le centre du village est plat, c’est plus facile que dans d’autres stations des Alpes. Mais, en pur Avalin, il marche avec des chaussures basses et toujours sans gants, rien à faire, alors il a vite l’onglet !

 

Participez-vous tous les deux aux activités du CCAS ?

Paule : Autrefois oui, mais aujourd’hui René ne peux plus en raison de ses problèmes d’audition, malgré ses appareils. Il préfère rester à la maison où il continue de consigner sa journée dans ses petits carnets ! Moi par contre, je fréquente régulièrement le CCAS et je voyage avec les aînés de Val, un bon groupe bien sympathique.

ITW@Actumontagne